Friday, August 22, 2014

Olivier Assayas on Kristen & Juliette Binoche's relationship (+ Translation)

Olivier Assayas sur la relation entre Kristen & Juliette Binoche


Q: When you have chosen Kristen Stewart, have you opted for the actress or the phenomenon she represented?

Olivier: Both! The specificity of this movie is that there's a fictional dimension and a dimension completely documentary in the sense that we never forget that Juliette Binoche is Juliette Binoche, Kristen Stewart, Kristen Stewart and Chloë Grace Moretz, Chloë Grace Moretz. What we know about them resonates within the movie, it becomes an additional dimension. The reason I chose Kristen originally is not that one, it's simply because she is the perfect incarnation of the character. But it's true that I needed Juliette to be face to face with a character who is her equal, not someone who is in blissful awe in front of her but someone representing a strength, also threatening, for the actress Juliette Binoche. Kristen is a young girl who is at the peak of her fame, she is intimidating and she also has a kind of hardness, severity. It happens that I've crossed paths with her several several times because Charles Gillibert, the producer of the movie, had also produced On the Road by Walter Salles (2012) and that my previous movie, After May, was traveling doing festivals over the same period. What I saw of her showed that she had a singularity, a force, something very different from actresses I had known. There was something about her that cinema had not yet grasped... What is courageous, is her act of coming to do this movie, at this stage of her career, in the depths of Switzerland and no possibility of return to Hollywood on the weekends, amid a team from European cinema that works very differently from what she knew before. And I also think she had the modesty to go to Juliette Binoche by pure desire to learn, because she felt that it could open her new space...

Q: On the contrary, is Juliette Binoche knew what Kristen Stewart represented?

Olivier: She knew pretty much. But is she expected to be in front of her someone so talented and intense? I do not believe... The scenario gravitates around this troubled character of Kristen and I think that has stimulated Juliette.

Q: Precisely, because of the relationship between these two characters, we feel that the movie could have taken a lot of different directions. How did you work to maintain a linear and quite simple balance?

Olivier: Lets say that the nuances between the two women belong to a relationship built on the set. I actually wrote a stripped scenario. I like to leave some space to my actors. We haven't exactly shot in chronological order, but still, we started with the train scene which helped to lay the characters, then we shot everything that did not take place in the mountains to finally finish in Sils Maria. Basically, to shoot without a break has made that the two actresses had become accustomed to each other, they were ready to embark on what was the main issue of the movie. Day after day, scene after scene, I could feel they took liberties, reinvented the scenes, twisted them in a way I had not necessarily anticipated. For example this moment where the two women talk about their meeting with Jo-Ann and laugh together at the hotel. This scene was not written as you saw it on the screen. It's just what happens after the last fight. What happens at that point, is in a way already the separation. But the actresses have decided to make of this moment, the moment of complicity the most intimate of the movie, and that brings a strange density at the scene. I hesitated because I felt they wanted that and at the same time that they were afraid of losing track. This relationship has really been established during the filming. A fantasy was being set up between them and we had to use it. So I had to constantly adjusted the dialogue, or even left them to do it themselves.
Q: Lorsque vous avez choisi Kristen Stewart, avez-vous opté pour l’actrice ou pour le phénomène qu’elle représentait?

Olivier: Les deux à la fois! La spécificité de ce film, c’est qu’il y a une dimension romanesque et une dimension complètement documentaire dans la mesure où nous n’oublions jamais que Juliette Binoche est Juliette Binoche, que Kristen Stewart est Kristen Stewart et que Chloë Grace Moretz est Chloë Grace Moretz. Ce que nous-mêmes savons d’elles résonne à l’intérieur du film, en devient une dimension supplémentaire. La raison pour laquelle j’ai choisi Kristen à la base n’est pas celle-ci, c’est tout simplement parce qu’elle est l’incarnation idéale du personnage. Mais il est vrai que j’avais besoin que Juliette soit confrontée à un personnage qui soit son égal, pas une personne qui soit en admiration béate devant elle mais quelqu’un qui représente une force, y compris menaçante, pour la comédienne Juliette Binoche. Kristen est une jeune fille qui est au summum de sa notoriété, elle est intimidante et elle a aussi une forme de dureté, de sévérité. Il se trouve que je l’avais déjà croisée plusieurs fois puisque Charles Gillibert, le producteur du film, avait également produit Sur la route de Walter Salles (2012) et que mon précédent film, Après mai, circulait en festivals sur la même période. Ce que j’observais d’elle prouvait qu’elle avait une singularité, une force, quelque chose de très différent des comédiennes que j’avais connues. Il y avait quelque chose en elle que le cinéma n’avait pas encore saisi… Ce qui est courageux, c’est son acte d’être venu faire ce film-là, à ce stade de sa carrière, au fin fond de la Suisse et sans possibilité de retour à Hollywood les week-ends, au milieu d’une équipe de cinéma européenne qui fonctionne très différemment de tout ce qu’elle connaissait jusque-là. Et puis je crois aussi qu’elle a eu la modestie d’aller vers Juliette Binoche par pur désir d’apprendre, car elle avait le sentiment que cela pouvait lui ouvrir un nouvel espace…

Q: A l’inverse, est-ce que Juliette Binoche savait ce que représentait Kristen Stewart?

Olivier: Elle le savait à peu près. Mais est-ce qu’elle s’attendait à avoir en face d’elle quelqu’un de si doué et intense ? Je ne crois pas… Le scénario gravite autour de ce personnage trouble de Kristen et je crois que cela a stimulé Juliette.

Q: Justement, au regard de la relation entre ces deux personnages, on a l’impression que le film aurait pu prendre des tas de directions différentes. Comment avez-vous travaillé pour maintenir un équilibre linéaire et assez simple?

Olivier: Disons que les nuances entre les deux femmes relèvent d’une relation qui s’est construite sur le tournage. J’ai vraiment écrit un scénario dépouillé. J’aime laisser de l’espace à mes comédiens. On n’a pas exactement tourné dans l’ordre chronologique, mais tout de même, nous avons commencé par la scène du train qui a permis de poser les personnages, ensuite nous avons tourné tout ce qui ne se déroulait pas en montagne pour enfin terminer sur Sils Maria. Au fond, le fait de tourner en continu fait que les deux comédiennes s’étaient habituées l’une à l’autre, elles étaient prêtes à se lancer dans ce qui était l’enjeu central du film. Jour après jour, scène après scène, je sentais qu’elles prenaient des libertés, qu’elles réinventaient les scènes, qu’elles les tordaient d’une façon que je n’avais pas forcément anticipée. Il y a par exemple ce moment où les deux femmes reviennent de leur rencontre avec Jo-Ann et rigolent ensemble à l’hôtel. Cette scène n’était pas du tout écrite comme vous l’avez vue à l’écran. Pour la resituer, c’est juste après cela que se produira la dernière dispute. Ce qui se produit à ce moment-là, c’est en quelque sorte déjà la séparation. Or, les actrices ont décidé d’en faire le moment de complicité le plus intime du film, et cela amène une densité étrange à la scène. J’ai hésité car je sentais qu’elles avaient envie de cela et en même temps elles avaient peur de perdre le fil. Si cela ne s’est pas produit, c’est qu’elles étaient arrivées au bout de quelque chose. Cette relation s’est vraiment établie pendant le tournage. Une fantaisie se mettait en place entre elles et il fallait s’en servir. Constamment j’ai donc ajusté les dialogues, ou les ai même laissées le faire elles-mêmes.
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